RDC: Le recensement et l’identification de la population par l’ONIP mettront fin à la Xénophobie contre les Banyamulenge. La congolité de cette population est une rationalité incotestable pour la paix et le développement de la RDC [Tribune]

Tribune signée par Erik Binga conseiller en communication et médias

Mais pourquoi seulement les Banyamulenge et les Tutsi du Congo? Qui ne sait pas que les Nande viennent aussi de l’Ouganda voisin ?

D’aucun n’ignore que le découpage de l’Afrique n’avait pas tenu compte de l’intégrité ethnique au niveau des frontières. Certaines ethnies, clans, voir même, familles, se sont retrouvés séparés et projetés de part et d’autre de frontières respectives. C’est ainsi qu’il existe des ethnies à cheval sur plusieurs pays limitrophes. La RDC, avec ses 9 pays limitrophes, n’a pas fait une exception.

C’est la faute aux Africains ? Non!
Tout a commencé à la conférence de Berlin, le jour où l’Afrique a été saucissonée par les européens sans les africains : l’Allemagne contrôlait tout l’Est de l’Afrique, la Belgique via son roi tout puissant Léopold II gagna le Congo pour en faire sa parcelle privée, les portugais, les anglais et néerlandais avaient aussi leur part du gâteau, c’est la France qui a avait eu le plus gros morceau !

Je vais essayer de citer quelques tribus ou ethnies qui se trouvent de part et d’autre des frontières de la RDC avec ses pays voisins, sans pour autant prétendre effectuer une étude exhaustive:

1) Les TSHOKWE: Ethnie établie au Katanga, au Kasaï-Occidental, au Bandundu, en Angola et en Zambie mais jamais discriminée.

2) Les LUNDA: Etablie au Katanga et en Angola mais se reconnaissent toujours entre eux.

3) Les YAKA: On les retrouve au Bandundu et en Angola, si je me trompe, André Kimbuta peut témoigner.

3) Les TUTSI: On les retrouve au Nord Kivu, Sud Kivu et au Rwanda et au Burundi, Tanzanie, Uganda, Kenya…. Mais au Congo ils ne sont pas reconnus congolais (nous y reviendrons).

4) Les YOMBE: Etablie à la fois dans la Province du Kongo-central en RDC, au Gabon, au Congo Brazza et au Cabinda en Angola.

5) Les NANDE: On les retrouve au Nord Kivu et en Uganda leur terre d’origine.

6) Les MANIANGA: Etablies en RDC et au Congo Brazza.

7) Les BEMBA: Au Katanga et en Zambie.

8) Les YAKOMA: Vivant en RDC et en Centrafrique.

9) Les SALAMPASU: Originaires de Luiza en RDC et d’Angola.

10) Les BASHI : Se retrouvent au Sud Kivu (tribu de l’actuelle première dame) et au Rwanda voisin, sur les îles de Nkombo, dans le lac Kivu.

11) Les TEKE-HUMBU: l’histoire nous dit que l’empire Teke s’étendait de la RDC au Gabon, en passant par le Congo Brazza

12) Les BAHUTU : ethnie qu’on trouve au Nord Kivu, au Rwanda et au Burundi.

Toutes les tribus le long du fleuve Congo, de Bolobo, Lukolela jusqu’à Bomongo ont des affinités avec certaines ethnies du Congo Brazzaville.

Dans les pays voisins, la situation est la même. Nous pouvons citer, à titre d’exemple :

– Les Luo (Wajaluo) se trouvent au Kenya et au Soudan du Sud.

– Les Massaï se retrouvent au Kenya et en Tanzanie.

– Les Teso se trouvent au Kenya et en Uganda

– Les Meru se trouvent au Kenya et en Tanzanie.

– Les Oriya se trouvent au Kenya et en Somalie.

Analyse:

Ce qu’il faut retenir de cette énumération qui n’est pas exhaustive est que, malgré les découpages artificiels, les liens culturels entre certaines ethnies à cheval restent encore solides. Par exemple, parmi les 44 partis politiques que comptait le Congo à l’indépendance, il y en avait un qui s’appelait A.T.C.A.R : Association des Tchokwe du Congo de l’Angola et de Rhodésie (actuelle Zambie).

Le grand chef des tous les Tshokwe de tous les trois pays a son siège à SAMUTOMA à 12 km au Sud de Sandoa, vers l’Angola, dans le Lualaba. Il s’appelle MWATSHISENGE. Cette communauté est restée soudée malgré que l’Angola et la Zambie fussent dans le giron soviétique.

Un autre exemple est celui des Teso du Kenya-Uganda. Ils ont un chef coutumier commun, qui se trouve du côté Ugandais. Et tous les Teso (Ugandais et kenyans) vont annuellement en Uganda pour les rites traditionnels autour de leur chef.

Dans tous ces exemples ci-haut cités, aucune tribu ou ethnie n’est taxé d’être étrangère en RDC ou de l’autre côté de la frontière, excepté les Tutsi du Congo qui n’ont jamais été socialement accepté comme congolais par les tribus voisines.

Les Kalunda du Congo ne sont jamais appelés angolais bien qu’ils aient leurs frères de sang en Angola. Les Bemba du Congo ne sont jamais appelés zambiens, bien qu’ils aient leurs frères de sang de l’autre côté de la frontière, en Zambie, etc.

La question que l’on doit se poser est de savoir, pourquoi, alors pourquoi seulement les Tutsi ?

Pourquoi la “Congolité” des Banyamulenge est devenus une épine dans la peau des autres tribus congolaises ?

La fois dernière, un pseudo nommé Kakulé, Nande, a voulu épater les réseaux sociaux avec un texte mal informé, relatant l’histoire des Tutsi congolais avec comme conclusion : les Banyamulenge qui sont des tutsi ne doivent pas prétendre être congolais car venus du Rwanda. Son exposé serait plus intéressant s’il avait introduit un paragraphe qui nous raconte comment les Nande sont aussi entrés au Congo en provenance de l’Uganda, où ils ont laissé leurs frères de sang, Nande Ugandais (Bakonzo), qui parlent la même langue que Kakule. Une analyse étalée sur plusieurs cas pourrait lui aider à tirer une conclusion un peu plus objective. Ce qui est sûr est que Kakule connais la vérité, mais il est aveuglé par la haine et la xénophobie.

Pourquoi cette haine chronique et quasi incurable contre la minorité Banyamulenge ?

Pourquoi cette haine morbide qui aveugle jusqu’à l’intelligence de certains grands politiciens intellectuels, sensés détenir la vérité sur l’anthropologie du pays et de la région ?

Pourquoi cette haine diabolique qui rend aveugle la foi des grands hommes de Dieu, sensés détenir tous les principes en rapport avec l’amour du prochain ?

Comment une petite minorité de Banyamulenge, qui ne représente rien en effectif, peut encombrer les esprits des toutes les autres tribus ?

Le Congo est un pays grand et riche en ressources naturelles mais aussi économiquement pauvre. Est-ce sont les Banyamulenge qui sont responsables de la misère des congolais ?

Comme l’histoire d’exclusion de cette communauté renseigne, elle ne représente probablement rien dans le pouvoir du Congo. Elle est totalement absente dans le pouvoir judiciaire, absente dans le pouvoir législatif, quasi absente dans le pouvoir exécutif. Et cela au niveau national qu’au niveau provincial. Au niveau local, les Banyamulenge ne dirigent aucun territoire, aucun secteur ou chefferie. En quoi peuvent-ils être à la base des maux qui hantent le Congo? Et s’ils ne sont pas responsables, pourquoi les haïr ? Comment peuvent-ils attirer la jalousie de leurs compatriotes alors qu’ils ne sont rien ?

Pour quoi tous les groupes Maïmaï rêvent l’expulsion des Banyamulenge isolés là dans les montagnes et, dans le cas échéant, leur extermination ?

Pourquoi et comment seulement 40 bergers Banyamulenge, derrière les vaches au Bandundu à la recherche du marché, peuvent alerter et encombrer les esprits de toute une nation qui se dit civilisée ?

Pourquoi seuls les Tutsi et Banyamulenge en particulier ne sont pas libres de circuler dans tous les coins du Congo pour y faire du business ?

Les réponses à toutes ces questions m’échappent. Je serais heureux de rencontrer l’un des plus haineux de tous les congolais pour qu’ils me disent pourquoi ils haïssent les Banyamulenge.

Chers compatriotes congolais qui se disent « Bantus », les Tutsi du Congo et plus particulièrement les Banyamulenge sont vos frères congolais. Ils sont une minorité qui n’a rien et qui ne compte que sur votre protection. Vous feriez mieux de les aimer et de vivre en harmonie avec eux.

Ne croyez pas à l’adage selon laquelle “le malheur des uns est le bonheur des autres”. La nation congolaise est une et indivisible. Le malheur des uns sera nécessairement le malheur des autres. Si vous tendez un piège, nous allons y tomber tous. Si vous préparez une fosse aux lions, nous y serons jetés tous. Nous devons choisir soit de vivre ensemble ou de mourir ensemble.

Donc, vous avez intérêt à donner la paix aux tutsi, car c’est ça votre paix et votre bonheur.

Pour conclure, nous faisons appel:

  1. Au gouvernement congolais et à la communauté internationale de mettre en place les mécanismes de protection du peuple Tutsi congolais, avant que le pire ne tombe. La campagne de haine a atteint son paroxysme au point de craindre que le mal peut arriver à tout moment.

Les messages et les déclarations qui circulent dans les réseaux sociaux font état d’une haine paroxystique. J’ose croire que l’idéologie du génocide qui se dit au Rwanda voisin, aurait été importée ici chez-nous.

  1. A l’église catholique, et plus particulièrement à la CENCO, impliquée dans le rétablissement de la démocratie, nous leur demandons de dénoncer le langage incendiaire et divisionniste de leur confrère ce message s’adresse plus spécialement à Mgr Timothée Bodika, Évêque de Kikwit.
  2. A tous les congolais dits « Bantus » qui ont encore de l’humanité. Bien que j’aie semblé généraliser dans mon exposé, je sais que vous y êtes et que vous êtes majoritaire. Nous vous prions de ne pas vous taire devant cette situation où certains de nos concitoyens semblent concevoir des projets macabres contre nos compatriotes Tutsis.

Tribune signée par Erik Binga conseiller en communication et médias

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